Le Système D’Alignements, Considérations & Astuces
- Hasina

- 26 juil. 2022
- 8 min de lecture
Dans D&D, le système d’alignement permet de caractériser les personnages, tout comme les classes et les races . Malheureusement, il peut être source de confusion pour les nouveaux joueurs (tout comme pour les vétérans), aussi essayons de clarifier !

Le système d’alignement, dans D&D 5E, classe les caractères des personnages, PNJ (Personnages Non-Joueurs) et créatures selon deux axes : la morale-l’altruisme ; et l’éthique-la discipline.
Sur le premier axe, on utilise les sous-classifications suivantes : Bon, Neutre et Mauvais. Sur le deuxième axe, on a : Loyal, Neutre et Mauvais.
Un personnage Loyal aura beaucoup de respect envers un code, une règle, bref, accordera de l’importance à un Ordre.
Un personnage Neutre sera plutôt mi-figue, mi-raisin vis-à-vis de l’importance donné à l’Ordre.
Un personnage chaotique n’en aura rien à faire, voire aura une certaine instabilité ou une défiance totale à son sujet.
La combinaison de ces axes donne ainsi : Loyal Bon, Loyal Neutre, Loyal Mauvais ; Neutre Bon, Neutre Neutre (ou True Neutral), Neutre Mauvais ; Chaotique Bon, Chaotique Neutre, Chaotique Mauvais.
On représente souvent les alignements par ce tableau :
Loyal Bon | Loyal Neutre | Loyal Mauvais |
Neutre Bon | True Neutral | Neutre Mauvais |
Chaotique Bon | Chaotique Neutre | Chaotique Mauvais |
Malgré tout, pour beaucoup, ces 9 alignements paraissent encore trop abstraits ! Essayons d’y voir plus clair.
L’Axe Loyal/Chaotique
On pourrait penser que cet axe serait le plus clair des deux, mais pour beaucoup de joueurs, c’est une dimension compliquée à considérer à cause des étiquettes « Loyal Mauvais » et « Chaotique Bon ». Comment être « Loyal » si on est « Mauvais » ? Comment être « Bon » si on est « Chaotique » ?
La Loyauté, ici, renvoie à l’adhérence à un code, implicite ou explicite ; aux respects de règles.

Que ce soit dans un groupe de mafiosi, dans une secte, ou dans un Empire, il y a l’implicite de la hiérarchie. Un personnage qui accomplirait des actes « Mauvais » tout en respectant cette hiérarchie serait « Loyal » tout en étant « Mauvais ».
Par exemple, dans le monde réel de la réalité véritable (hommage à la vidéo sur EXistenZ de la websérie Crossed, par Karim Debbache), les membres des gangs ou hooligans sont férocement loyaux envers leur hiérarchie, même s’il y a des tensions internes. On peut ainsi citer l’interview d’un kidnappeur pour le compte d’un cartel mexicain : « On est une famille. On vit ensemble, on s’achète des vêtements, et si vous tentez de nous b***er, on a quelqu’un de riche à millions qui nous soutient, qui nous voit comme ses enfants. Alors oui, on s’entretue beaucoup, mais c’est normal : quand tu mets des chiens sauvages dans la même cage, il y a toujours des combats. »
(Cette interview -https://youtu.be/SAPnKme6qos?t=157- montre également quelque chose d’intéressant et récurrent chez les membres de gangs/hooligans et assimilés : ils se voient comme des gens biens qui n’ont pas eu le choix, les héros tragiques de leur propre histoire. C’est intéressant pour ceux qui ont du mal à roleplayer des personnages mauvais.)
Pour ceux ayant encore du mal à se représenter les choses, voici une autre manière de définir l’axe Loyal/Chaotique dans le cadre de D&D : la conscienciosité. Ce terme, emprunté à la psychologie (plus précisément au test des Big Five), renvoie à :
l’amour et/ou le sens prononcé de l’ordre
le sens de l’engagement et des responsabilités
l’autodiscipline
la circonspection
Si un individu excelle dans toutes ces compétences, ou dans la majorité d’entre elles, il a une haute consciensiosité. Au contraire, s’il est mauvais dans celles-ci (ou les rejette), il a une consciensiosité faible.
Haute consciensiosité → Loyal
Faible conscienciosité → Chaotique
L’Axe Bon/Mauvais
Qu’est-ce qu’un personnage bon, et, par corollaire, qu’est-ce qu’un personnage neutre et un personnage mauvais ? Cette question est délicate, car elle renvoie à des interrogations philosophiques non résolues de manière satisfaisante depuis l’Antiquité sur ce qui fait un Homme Bon.
En effet, toute réponse définitive tombe soit dans la logique cyclique, soit dans divers sophismes ou paralogismes, soit dans l’arbitraire. Ce n’est pas tant une erreur de rigueur de tous les penseurs qui se sont succédés jusque là, que la manière dont l’esprit humain fonctionne : nous ne sommes pas omniscients. Même les mathématiques ne sont pas exempts des limites de nos esprits : les théorèmes reposent sur des axiomes, or aucun théorème mathématique ne contient la démonstration de ses propres axiomes, ou, dit autrement, aucun théorème ne peut démontrer la validité des axiomes sur lesquels elles sont fondées.
(Ceci est l’objet des théorèmes d’incomplétude de Gödel)
Fort heureusement, nul besoin de maîtriser la physique mécanique pour savoir faire du vélo ; et nul besoin d’être un docteur en philosophie morale ou en logique mathématique pour jouer à Donjons & Dragons !

Partons de principes relativement intuitifs : un personnage Bon tendra à faire preuve d’altruisme, à être généreux et compatissant ; un personnage Neutre sera plutôt froid ou égoïste mais aura quand même une trace d’empathie ; un personnage Mauvais placera la Fin par dessus les Moyens jusqu’à éliminer toute empathie, voire ira jusqu’à prendre du plaisir à la souffrance d’autrui.
La question que vous et votre DM devrez vous poser, c’est où s’arrête la bonté de votre personnage ? Est-elle universelle, jusqu’à être capable d’en éprouver pour les ennemis de votre personnage ? Est-elle limitée aux membres de la famille de votre personnage et/ou à ses proches ? N’en éprouve-t-il aucune ?
Cela peut vous aider à déterminer où se situe votre personnage sur l’axe Bon-Neutre-Mauvais.
Néanmoins, même cette astuce a ses limites.
Prenons le cas d’un Paladin, qui sacrifierait un prisonnier sur l’autel pour s’attirer les faveurs de son dieu.
Si on utilise le cadre des croyances judéo-chrétiennes et humanistes qui en ont suivi, ce Paladin serait sans doute Mauvais. Cependant, dans D&D, le polythéisme est de mise… Si on utilise le cadre des croyances vikings et que ce Paladin vénère Odin, on pourrait le classer en Bon (exemple historique : les vikings sacrifiaient des prisonniers et des esclaves – ceux-ci n’étaient tout simplement pas considérés comme humains, donc rien de « mal » à les tuer).
Autre exemple, le cas des « murderhobbos », ces PJ qui massacrent à tout va au motif que leurs ennemis seraient mauvais et néfastes. Souvent, les joueurs de ces personnages les définissent comme Bons !
Dans ces cas précis, comme le DM est responsable de l’univers dans lequel vous évoluez, c’est à lui de trancher de l’alignement des personnages, en fonction de ses propres critères. Sa seule contrainte est d’être explicite, constant et cohérent.
Et ce n’est pas grave pour les joueurs, parce que l’alignement est avant tout quelque chose de descriptif, et non pas de prescriptif. Autrement dit : les personnages peuvent changer d’alignement en fonction de leurs actions.

Un petit catalogue
Parce que des images valent mieux qu’un long discours, voici des exemples pour que chacun puisse mieux sentir les 9 classifications.
Loyal Bon : respecte les règles et/ou est discipliné et/ou stable ; veut faire le bien
RoboCop, Hermione Granger, la Princesse Leïa, Josiah Bartlett (le Président dans The West Wing), Inara dans Firefly, Dynaheir dans Baldur’s Gate, Aerith dans Final Fantasy VII, Spock dans les films Star Trek les plus récents…
Neutre Bon : peu d’attachement ou d’intérêt envers les règles et/ou la discipline et/ou la stabilité ; veut faire le bien ou tout du moins est altruiste
Luke Skywalker, Harry Potter, Qui-Gon Jin, Amélie Poulain, Sherlock Holmes dans les nouvelles de Conan Doyle, Aang dans Avatar the Last Airbender, Capitaine Kirk dans la série Star Trek originale, Yoh Asakura dans Shaman King, Naruto…
Chaotique Bon : aucun attachement envers les règles et/ou la discipline et/ou la stabilité, voire une défiance totale envers celles-ci ; veut faire le bien ou tout du moins est altruiste
Robin Des Bois, John McLane, Harry Callahan, Huckleberry Finn, les jumeaux Weasley, Dante et Nero dans Devil May Cry, Mal dans Firefly, le docteur Cox dans Scrubs, plusieurs incarnations du Docteur dans Dr Who…
Loyal Neutre : très attaché aux règles et/ou à la discipline et/ou à la stabilité ; pas particulièrement d’empathie
Ghost Dog dans le film éponyme (si vous ne l'avez pas vu, faites vous une faveur et voyez-le), Teague Sparrow dans le troisième film Pirate des Caraïbes (le père de Jack), James Bond, Percy Weasley, L de Death Note (le manga bien sûr, aucune autre adaptation n'existe à part l'anime), Sheldon Cooper dans The Big Bang Theory, l’inspecteur Javert dans Les Misérables, le Marshal Gerard dans Le Fugitif…
True Neutral : peu d’attachement ou d’intérêt envers les règles et/ou la discipline et/ou la stabilité ; pas particulièrement d’empathie
Les Inglourious Basterds, Dom Cobb dans Inception, The Dude dans The Big Lebowsky, Tyrion Lannister, Shrek, Meursault dans l’Etranger, Eleanor Shellstrop au début de The Good Place…
Chaotique Neutre : aucun attachement envers les règles et/ou la discipline et/ou la stabilité, voire une défiance totale envers celles-ci ; pas particulièrement d’empathie
Deadpool (dans les films avec Ryan Reynolds), Jack Sparrow, Ferris Bueller, Zaraki Kenpachi dans Bleach, Greed dans Fullmetal Alchemist, le docteur House, Bojack Horseman, Sterling Archer, Sherlock dans la série éponyme…
Loyal Mauvais : respecte ses règles et/ou reconnaît une hiérarchie et/ou est discipliné et/ou stable ; peu voire aucune empathie
Darth Vader, Frollo dans le film d’animation Le Bossu de Notre-Dame, le capitaine Vidal dans Le Labyrinthe de Pan, le Général Bison dans le film Street Fighter, Dolores Umbridge dans Harry Potter, don Vito Corleone dans Le Parrain, Magnéto dans le premier film X Men …
Neutre Mauvais : peu d’attachement ou d’intérêt envers les règles et/ou la discipline et/ou la stabilité ; peu voire aucune empathie
L’Empereur Palpatine, Tony Montana, Hans Landa dans Inglourious Basterds, l’agent Smith, All For One dans My Hero Academia, Yuri Orlov dans Lord of War, Petyr « littlefinger » Baelish dans Games Of Thrones…
Chaotique Mauvais : aucun attachement envers les règles et/ou la discipline et/ou la stabilité, voire une défiance totale envers celles-ci ; peu voire aucune empathie
Bill Cypher dans Gravity Falls, Rick Sanchez dans Rick and Morty, Zaheer dans Legend of Korra, le Joker dans Dark Knight, Alex dans Orange Mécanique, Freddy Krueger, Angelus dans Buffy Contre Les Vampires, The Master dans Doctor Who…
Vous le voyez, chaque alignement possède nombre d’exemples. Et, chose plus intéressante, vous pouvez voir qu’il y a des personnages très différents au sein de chaque alignement !
Ainsi, en fonction des objectifs de votre personnage, de son caractère et de la dynamique avec les autres et l’univers, des leçons qu’il tire de ses aventures, vous pouvez le jouer de bien des manières !
Quel intérêt aux alignements ?
Si tant de joueurs se posent la question de l’alignement de leur personnage, c’est parce que les règles de création demandent de le définir et que certaines mécaniques en dépendent.
Ainsi, certains objets magiques ne peuvent se lier qu’à un certain alignement. De même, certains effets magiques changent l’alignement du personnage (en écrivant ces lignes, des traumatismes de la campagne Curse of Strahd me reviennent…), donc cela nécessite d’en avoir préalablement choisi un.
L’alignement n’est cependant pas le coeur de votre personnage, loin s’en faut. Ce n’est qu’une caractéristique parmi tant d’autres, et loin d’être la plus essentielle. Ainsi, prenons deux personnages cités plus haut : Aang et Sherlock Holmes (celui des nouvelles). Le premier est davantage reconnaissable à son idéalisme, le deuxième à son intellect, pourtant les deux sont catalogués Neutre Bon ! En tant que joueur, l’un de vos buts doit être de réussir à faire oublier l’alignement en tant que caractéristique principale. D’autant que, comme dit plus avant, l’alignement a toujours été pensé par les créateurs de D&D comme descriptif et non pas prescriptif, parce qu’il est évolutif.
Réfléchir à un alignement peut bien sûr aider à construire le personnage au départ, mais c’est finalement une partie d’un tout plus complexe formé par l’histoire personnelle, les qualités, les défauts, les relations avec les autres personnages et l’univers (comme dit dans un précédent article). Une personnalité bien construite tend à déborder des étiquettes qu’on lui affuble !
Pour faire un parallèle avec le monde réel de la réalité véritable, on pourrait penser à toutes ces typologies de personnalités qui existent :
le test MBTI (dont la validité scientifique est remise en cause parce que des mois plus tard, plusieurs personnes changent de classement en refaisant le test)
l’énnéagramme (relativement robuste d’un point de vue théorique, mais difficilement démontrable par la méthode scientifique)
la dynamique alpha/beta/omega (David Mech, qui a popularisé cette hypothèse dans les années 70, a depuis complètement renié cette hypothèse parce que tous les travaux en zoologie tendent à montrer que cette dynamique ne se retrouve pas du tout dans les meutes naturelles, i.e. hors captivité)
le signe zodiacal
à quelle maison de Poudlard appartenez vous
etc.
Si certaines de ces typologies peuvent s’avérer utiles dans certaines circonstances, notamment pour essayer de se comprendre mieux et travailler ses qualités et ses défauts ; elles peuvent facilement provoquer la cécité expérimentale et devenir des carcans dans lesquels les individualités sont réduites.
Pour nos personnages comme pour nous-mêmes, rappelons nous que, comme le disait si bien Alfred Korzybski avant qu’un célèbre écrivain dépressif célèbre ne s’approprie sa citation : « une carte n’est pas le territoire. »
H.W. Odium Ludo Cedat




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